• Actualités - Leçons de Tenèbres

     

    Leçons de Ténèbres
    de
    François Couperin

     

    ActualitésLes Trois Leçons de Ténèbres de Couperin furent probablement composées vers 1714, peut-être pour l’abbaye de Longchamp, et elles furent imprimées entre les publications de son premier et de son second Livre de pièces de clavecin (1713-1717). Malheureusement, bien que Couperin fasse lui-même allusion dans la préface de son second livre à la publication imminente des autres Leçons, (il précise d’ailleurs qu’il en a composé neuf), seules les trois Leçons pour le Jeudi saint (celles qui sont traditionnellement chantées le Mercredi saint), ont survécu. Si surprenant que cela puisse paraître, les maisons d’opéra restant fermées pendant le carême jusqu’à Pâques, l’abbaye de Longchamp à l’ouest de Paris proposait au public parisien l’un des lieux alternatifs à la mode. Et si des abbayes, mais aussi des couvents et des églises, pouvaient attirer des solistes de renom, ce qui était souvent le cas, le public y affluait d’autant plus.

    D’une grande intensité émotionnelle, les trois Leçons qui subsistent transcrivent dans une musique tout à fait unique la détresse poignante de Jérémie. Les deux premières Leçons sont pour une voix seule, la troisième est un duo. Les sections de récitatifs qui laissent une certaine liberté déclamatoire contrastent avec les ariosos plus nettement structurés, souvent audacieusement chromatiques, ces deux formes étant héritées de la tragédie lyrique. Leur langage harmonique, riche en dissonances novatrices, crée de fortes tensions qui ajoutent à l’atmosphère déjà chargée d’émotions. Couperin se conforme aussi à la tradition en écrivant l’Incipit en plain-chant tout en l’ornementant abondamment, et en donnant à chanter sous forme de mélismes les lettres de l’alphabet hébreu qui ponctuent le texte (Aleph, Beth, Gimel, etc.). L’opposition entre ces sections fluides et le texte principal est délibérée de la part de Couperin : les lettres chantées contrastent de façon saisissante avec l’expressivité affirmée des lamentations de Jérémie. Par ailleurs dans leur liberté magnifique, et avec l’enchaînement des séquences et les délicieuses suspensions (en particulier dans le duo de la troisième Leçon), ces sections réalisent un effet cumulatif et quasi hypnotique véritablement exquis. Dernier effet unificateur, chaque Leçon se termine par les reproches de Jérémie au peuple de la Ville Sainte, l’arioso « Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum » (« Jérusalem, retourne vers le Seigneur ton Dieu »). Ces trois pièces remarquables possèdent une intensité et un pouvoir irrésistibles, rares dans la musique de chambre sacrée de la période baroque.